Yunnan, joyeuse fête des morts

A l’occasion de Qingming (« pure lumière » ou « fête de la lumière »), la Toussaint chinoise, la coutume veut qu’on se rende sur les tombes de ses ancêtres pour y faire le ménage de printemps.

Afin de chasser les mauvais esprits et apaiser les âmes des défunts, on balaie, on désherbe, on brûle de l’encens et des faux billets, on apporte de la nourriture en guide d’offrandes, on se recueille. Selon une autre légende, pour honorer la dévotion totale d’un ministre, une des traditions est de manger froid durant plusieurs jours (interdiction d’allumer un feu, pas d’encens donc !). En raison de l’importance de la population chinoise, les cimetières sont généralement situés à la campagne et sur les flancs des montagnes, ce qui permet en plus aux gens d’effectuer une sortie en plein air, d’autant qu’autrefois, cette période servait aux paysans à préparer les activités agricoles à venir. Cette célébration du renouveau passe ainsi par la contemplation des arbres en fleurs et la plantation de saules, ce qui nous inspire. Le Yunnan, province « nature » par excellence à la faune et à la flore abondantes, fief de près de la moitié des minorités ethniques de Chine (25 sur 56), est l’endroit idéal pour démarrer la saison !

Sur un coup de tête, nous voilà donc à Lijiang, ville-préfecture située non loin des frontières tibétaine et sichuanaise, et sur l’ancienne route du thé et des chevaux. Terre des Naxi et de la culture dongba – écriture pictographique, langue propre, religion animiste chamanique, et même société matrilinéaire et matrilocale pour les Naxi du Nord -, sa vieille ville est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, et pour cause ! Perchée à 2400m d’altitude, son charme doit autant à ses splendides maisons en bois sculpté et danses (en tenues) traditionnelles qu’à l’artisanat local (vêtements naxi, produits issus du yak, gastronomie, fabrication de papier, cérémonie du thé) et les paysages de montagne depuis la colline du Lion, le tout dans un cadre où l’eau coule à flots, avec canaux et ponts en bois. Lijiang est en effet bordée par le plus grand fleuve d’Asie et 3e du monde, le Yang-Tsé ou Yangtze ! Malheureusement, l’afflux de touristes, principalement chinois.es, a fait pousser les établissements touristiques et les prix, (re)poussant au passage les habitants Naxi hors de la vieille ville pour rejoindre la nouvelle…

Afin de retrouver l’authenticité en partie perdue, direction la montagne du Dragon de Jade pour ressentir la tranquille puissance de la nature, puis un village proche de Baisha pour admirer les maisons en pierre et les totems locaux, avant de rejoindre l’immense Lac Lashi, refuge des oiseaux migrateurs durant l’hiver (30 000 spécimens de 60 espèces différentes !). Mais ici aussi, le mauvais côté du développement se fait sentir, gare aux attrape-touristes ! Avec notre conductrice He (qui s’improvisera guide), une Naxi de Lijiang, on échange sur nos représentations culturelles respectives, et rions du paradoxe humain : cette population n’aime pas son teint basané et envie la peau blanche des occidentaux, alors que ces derniers cherchent au contraire à bronzer… Si le mariage reste un pilier du foyer, les divorces sont désormais courants. Pourquoi rester malheureux ? Elle nous parle de l’importance de faire perdurer les cultures et traditions, en partie grâce au tourisme et à l’intérêt des étrangers. Ce dont elle essaiera de profiter (en vain, c’est de bonne guerre ?) en nous envoyant chez ses acolytes (commission oblige) pour une balade en jonque au tarif nanti qu’on parviendra, non sans peine, à avoir presque au tarif local. Nous observons, médusés, une horde de touristes chinois aux portefeuilles visiblement bien garnis, payer sans broncher l’équivalent de 10 repas, pendant que d’autres refont la route du thé et des chevaux en poney pour le double.

Au réveil, succulent petit-déjeuner à la locale : baba, galette, brioches vapeur, œufs marinés, raviolis, quelques fruits… et nous voilà partis pour Dali ! Depuis le mini-bus, on savoure les paysages de montagnes verdoyantes qui défilent, et on aperçoit les fameuses Trois Pagodes avant de retrouver le vieux-Dali, la Route de la Soie et les minorités Bai. Après moult péripéties dont une double tentative d’arnaque – auberge qui change son prix à notre arrivée puis automobiliste culotté nous demandant des comptes après un long tour de pâté de maisons alors que notre destination était à 20 mètres -, soulagement et joie sont au rendez-vous dans le Letu International Youth Hostel réservé en toute hâte ! Le surclassement avec table en bois sculpté et ensemble à thé pour déguster celui de la région, le fameux Pu’er, tombe à point nommé. Si en plus, le personnel se met à être aux petits soins et à donner de précieux conseils pour la randonnée du lendemain… Un petit tour en (vieille) ville nous fait découvrir un marché nocturne à la Porte Est, des rues animées et pleines d’échoppes en tout genre, ainsi que la bonne musique du Bad Monkey Bar.

Un dodo plus tard, pour faire honneur à Qingming, en route vers les monts Cang(shan) et leurs 19 sommets qui culminent tous à plus de 3500m d’altitude. Paradis des randonneurs et des amoureux de la nature, on parle souvent des cinq merveilles de ce site naturel exceptionnel : nuages, neige, lune, pics et torrents. Les sentiers nous emmènent dans des temples toujours plus hauts, dans lesquels les visiteurs joignent les mains porteuses d’offrandes. Des paysages infinis et des sentiers fleuris, des papillons et écureuils qui se chamaillent, des oiseaux qui piaillent, mais toujours de la grimpette… Jusqu’à arriver dans l’apaisante cour d’un petit temple perdu dans la montagne. Là, un vieillard, nous voyant las, nous fait signe de nous asseoir et de nous servir de l’eau chaude. Sa femme rit, un moine mange des biscuits, un chiot adopte mes chaussures… Le temps s’arrête. Le langage corporel aura plus de poids que celui des mots, et c’est à regret que nous quittons ce charmant oasis. Une fois redescendus, un tuk tuk nous secoue conduit à l’interminable Lac Erhai, puis un autre nous ramène en ville. Et puisqu’on n’en avait pas eu assez, balade à travers le vieux Dali avec traversée des 4 Portes ! Sur la route de celle du Sud, la plus imposante la plus fréquentée, c’est Disneyland. On préfèrera alors sa cousine Nordiste, avant de vivre notre première expérience des trains couchettes chinois pour rallier Dali à Kunming. Compartiment non fermé de 6 « lits », odeur de tabac, ronflements indécents, arrêt inopiné après 30 minutes… ça s’annonce bien ! Ce qu’on pensait être une panne se reproduit plusieurs fois, et est visiblement le fonctionnement normal. Réveil à chaque arrêt par des secousses sismiques, merci pour la nuit courte et agitée.

A notre arrivée au petit matin dans la « ville du printemps éternel » et son clément climat, direction Guandu, la vieille ville, pour assister par chance à un entraînement au sabre en tenues traditionnelles, avant de nous ressourcer dans le jardin zen d’un temple. Les pancakes de Guandu et les nouilles de riz nous feront du bien avant de visiter l’université du Yunnan. Un campus historique en plein cœur de la ville, un cadre verdoyant, un jardin botanique, d’anciennes portes et chambres d’une autre époque conservées… Bon, ça donne envie d’y étudier ! En plus, non loin de là, les pizzas végé d’As You Like sont à tomber ! Pour digérer et continuer à s’en mettre plein les yeux, promenade impérative dans le parc du Lac vert, entre traversée de ponts et danses Yi. Bon, ça donne envie d’y rester !

 

 

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