Guadeloupe, le vent en poupe – Basse-Terre

Pour fuir la morosité hivernale, quoi de mieux que la chaleur d’un carnaval ? Cap vers les Antilles pour, six siècles après Christophe Colomb, découvrir la belle Guadeloupe !

Si le célèbre navigateur l’a appelée ainsi en hommage à la Vierge protectrice des navigateurs (dont un monastère espagnol porte le nom) après un voyage secoué de tempêtes, il a surtout été Christophe colon. Cette île avait en effet déjà un nom, Karukera (« île aux belles eaux » en langue caraïbe), et était habité par les (amér)indiens Caraïbes ou Kalinagos (aussi à l’origine du mot « cannibale »). Une occupation espagnole au premier abord pacifique, les autochtones leur montrant même candidement où trouver de l’or, et l’homme blanc a rapidement révélé un autre visage empli de cupidité sanglante.

Aujourd’hui, la Guadeloupe c’est une île de l’archipel des Antilles en forme de papillon, à la fois département et région d’outre-mer, 34 fois plus grande que Lyon tout en comptant moins d’habitants. Au marché de Basse-Terre, l’accueil matinal se fait au punch. En plus de la christophine, la carambole et autre igname, on tombe sur Patrick, spécimen rare passionné par les plantes médicinales et l’ayurveda. Ce spécialiste du végétal nous explique l’héritage amérindien – sous la place du marché, des fouilles ont mis au jour des objets anciens -, indien pour les épices, rappelant également la richesse de la pharmacopée guadeloupéenne si souvent mise en avant par le Dr Henry Joseph, qu’il connaît bien. Si ses enfants sont partis vivre en métropole, Patrick déplore l’image de « folklore touristique » de son île, alors qu’on pouvait autrefois se nourrir localement et non pas avec les fruits de Saint-Dominique ou d’ailleurs… Cultivant son jardin intérieur et ses propres légumes, produisant même son café, il met un point d’honneur à ne jamais acheter de mangue, il suffit de tendre le bras pour en attraper ! Puis le son d’un orgue nous entraîne dans l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel et son apaisant jardin fleuri – abritant la réplique miniature de la grotte de Lourdes avec sa source prétendument miraculeuse – en plein cœur du Carmel, un des plus anciens quartiers de la ville.

Le domaine Vanibel, producteur de café comme son nom ne l’indique pas, prône la qualité en pointant au 4e rang mondial. On y apprend que les feuilles et les cerises ont une importante concentration en caféine, que la torréfaction sert justement à réduire. Que le café italien corsé en goût est pourtant faiblement caféiné, alors que l’américain sans goût est quant à lui très fort ! Ici, on vise l’excellence avec un café « bonifié » 100% arabica guadeloupéen (oubliez robusta et liberica). Mais à 60 cerises de café cueillies à la main et moult étapes – dont le séchage dans un boucan à tiroir où on veille au grain – pour une seule tasse du précieux breuvage, on se demande si cela en vaut bien la peine. Idem pour la vanille, originaire non pas de Madagascar, de Bourbon (Réunion) ou de Guadeloupe mais bien du Mexique, et dont la fleur éphémère ne s’ouvre que 4 petites heures le matin avant de tomber (et nous sur la tête). Sans oublier le cacao, une tablette de 100g de chocolat pur nécessite ainsi trois cabosses entières ! Au vu des efforts et des ressources engagés, du rendement et de l’impact du transport de ces produits « de luxe » aux quatre coins du monde pour une consommation principalement occidentale, est-ce bien raisonnable ? L’instructive visite de Vanibel s’achève donc sans un mot sur son passé négrier, lui qui figure pourtant sur la « Route de l’esclave ». Tout comme le Fort Delgrès, bastion militaire à l’architecture étoilée et théâtre sanglant de la lutte franco-anglaise dans les Antilles, puis du combat pour l’abolition définitive de l’esclavage : « vivre libre ou mourir », n’en déplaise à Napoléon qui la rétablit par la force 8 ans après l’abolition initiale de 1794. Non loin de là se trouve le site des roches gravées du Plessis, aux pétroglyphes amérindiens trop bien cachés pour nos yeux. Comme le dernier numéro de France-Antilles, en espérant que le journal trouve un repreneur.

Après un repos salvateur, départ à l’aube pour le volcan de la Soufrière ! Par chance, le ciel est dégagé et ensoleillé, fait rare souligné par plusieurs randonneurs gwada. Au pas de course du Roy, on monte tranquillement à travers la Savanne à mulets puis le Chemin des Dames… jusqu’à sentir une forte odeur de soufre et apercevoir de grandes fumerolles : l’activité volcanique nous fait un appel du pied, et suivant des locaux, on apprécie une superbe vue sur les Saintes, non sans se couvrir le nez. Arrivés au sommet, on s’offre un pique-nique panoramique ! La fin de la descente nous plonge dans les Bains jaunes pour une baignade relaxante qui tombe à pic.

Puis on lève l’ancre pour la Route du Rhum, cap vers la distillerie Longueteau ! Plantation, récolte, distillation et mise en bouteille, tout se fait au domaine. Sa particularité est de cultiver de la canne bleue, base de son rhum agricole blanc. Dégustation.

Pour décuver, direction le jardin d’Eden de Cantamerle pour une balade tropicale sur la route des épices avec Michelle, érudite maîtresse des lieux. Entre l’odorant bois d’Inde, la noix de muscade, la vanille et autres épices, sans compter le curieux palmier des Seychelles, l’immense acomat boucan aux racines qui le sont tout autant, le flamboyant balisier, le typique palétuvier, la pomme de l’air (oui !), la rose de porcelaine ou encore la perle de Jade… que de beauté dans cette diversité ! La chaleur est telle qu’un petit tour aux Chutes du Carbet n’est pas du luxe, et nul besoin de baignade, une intense averse se charge de nous rafraîchir.

De retour à Basse-Terre au crépuscule, une joyeuse agitation est palpable. La fête peut commencer avec une étincelante parade nocturne aux sons du gwoka, entre pétarades de voitures, défilé de groupes colorés et même l’apparition du roi Vaval, diminutif créole de Carnaval.

Une courte nuit plus tard, c’est parti pour les festivités du Mardi Gras, point culminant du carnaval de Guadeloupe, événement culturel annuel majeur qui s’étale sur près de deux mois – de l’épiphanie au mercredi des Cendres) ! En compagnie de la famille de nos charmants hôtes, on voit défiler 55 (!!) groupes de tout l’archipel, accompagnés d’orchestres mobiles, musique gwoka en tête. Entre messages politiques et préservation de la culture, clinquant (tuning bonjour) et défoulement (la souffrance des esclaves dans le claquement du fouet), chant et danse, on trouve une grande diversité dans les moyens d’expression.

Un poulet boucané, un sorbet coco, on est prêts à continuer. Le carnaval bat son plein avec ses trois principaux types de groupes : à « caisses claires » (aux costumes diversifiés, cuivres et chars) comme Magma ou Excellence, à « mass » (avec leurs masques, ils effraient et dérangent) et à « Po » (tambours à peau d’animal) dont l’emblématique Akiyo. S’il a été historiquement introduit par les colons pour faire la fête avant de se restreindre au Carême, autorisant progressivement les esclaves à s’y joindre et même à se moquer des maîtres, le carnaval est désormais un événement incontournable de célébration et de promotion de la culture locale.

Réveillés par une nouvelle procession musicale bien matinale, on part du côté de Côte-sous-le-vent se détendre aux bains chauds de Thomas, avant de respirer le calme sur le sentier de la Maison de la forêt, de faire trempette à la Cascade aux écrevisses puis de découvrir la végétation de la Pointe à Bacchus. Cela n’étant pas de tout repos, on file le trouver à Sofaia, sur les hauteurs de Sainte-Rose, chez Agnès et Laurent (+ Lilian). Cette attachante famille bordelaise a tout plaqué pour vivre en Nouvelle-Calédonie, avant de jeter son dévolu sur la Guadeloupe. On apprend d’ailleurs qu’un habitant de Sainte-Rose, Cédric Coutelier, vient de remporter avec sa vanille de Guadeloupe bio (Vanigwa) la médaille d’or au Concours Général Agricole à Paris, bravo ! Et si on marchait dans la gadoue jusqu’au Saut des trois cornes, avant de prendre une douche sulfureuse grâce à la source de Sofaia dont l’eau soufrée aux propriétés curatives descend de la montagne ?

A Pointe-Noire, la Maison du Cacao est l’occasion de parler cabosse, côtoyer les cacaoyers et casser la croûte. Autrement dit, de déguster du cacao à gogo, de la fève fraîche (avec son mucilage au goût de litchi) aux chocolats 100%, 90% et 70% cacao, en passant par des déclinaisons au gingembre et au café. Sans oublier de se désaltérer avec un chocolat chaud traditionnel (pâte de cacao, sucre et eau) en utilisant le fameux bâton de koka. Un déjeuner Au Coin de l’Amitié, au bord de la mer, et on part dans nos songes. Chez Rêve de sable précisément, où on découvre Michel et Marie Coste, d’incroyables artistes et arénophiles (collectionneurs de sable). De la Côte d’Ivoire au Sénégal avant de jeter l’ancre en Guadeloupe, ils partagent leur patiente et minutieuse passion en réalisant de magnifiques tableaux en sable, qu’ils collectent sur différentes plages de Basse et Grande-Terre pour élargir leur palette de couleurs. Un vrai travail d’orfèvre !

Puis à la plage bondée de Grande Anse, on tombe sur la voiture de police d’Honoré ! On rencontre alors Buddy, chargé de trouver des lieux de tournage pour la série Meurtres au Paradis, principalement à Deshaies et ses environs. Ce dernier nous explique que la maison de l’inspecteur (possédant une structure en carbet) est montée sur la plage de la Perle en période de tournage, puis nous invite à nous rendre à l’ancien presbytère qui tient lieu de commissariat d’Honoré ainsi qu’au Madras, le bar de Catherine. Avant de se quitter, il nous révèle que le tournage de la saison 10 va bientôt débuter – en avril pour une diffusion en mai de l’année suivante. Thanks Buddy !

Sur la plus tranquille Petite Anse, du snorkeling nous permet de nager en eaux troublées par les allées et venues de bancs de poissons, mais aussi de découvrir les joies des piqûres de méduse… Merci la pharmacopée antillaise, l’omniprésente aloe vera et la bienveillance d’un sympathique couple de retraités venant ici depuis 1995 ! Les wraps à la farine de coco et au marlin fumé de La Route du Roots ainsi que le coucher de soleil depuis le Gadet seront un délicieux réconfort.

[La suite : Grande-Terre]

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