Japon, du Nord au Sud – 2

Accueillis à Hakata par un dépaysant marché de producteurs locaux, on se gave de fruits juteux et savoureux avant de goûter aux fameux ramens à la soupe miso. La ville aux multiples canaux est un délice à parcourir, avec son climat tropical faisant oublier le froid hivernal. On navigue jusqu’à la confluence des rivières Hakata et Naka, avant de traverser le paisible sanctuaire shinto Kushida et ses torii (portail traditionnel).

L’un des plus célèbres de ces derniers se trouve dans la mer après un tour en ferry JR, sur l’île de Miyajima, jumelée avec le Mont Saint-Michel et connue pour être l’une des merveilles du Japon. Le lieu revêt un caractère mystique car en plus des daims y résidant en liberté, il est « interdit » d’y naître ou d’y mourir (mais parfois, ça ne se choisit pas !). Après une visite de temples en hauteur permettant d’apercevoir le Mont Misen –  l’occasion de voir des bonnets et écharpes sur les statuettes sacrées, tricotées à la main par les mamies locales pour les protéger du froid –, un goûter à l’intérieur d’un jardin zen finit de nous apaiser. Ici, on ne lésine pas sur les gourmandises : momiji manju (gâteaux en forme de feuille d’érable), mitarashi dango (brochettes de boulettes  de mochi nappées de sauce soja), umeboshi onigiri (prune salée), sans oublier le thé matcha.

Et puisque l’heure du dîner approche, pourquoi pas un okonomiyaki à la plancha ? Ce plat typique et roboratif, entre l’omelette et la galette garnie, est particulièrement réputé à Osaka et Hiroshima. Dans le tristement célèbre Peace Memorial Park de cette dernière se trouve le Genbaku, ou Dôme de la bombe atomique, détruit et brûlé par la toute première jamais utilisée en temps de guerre. Symbole de l’horreur passée, c’est aussi et surtout un appel à la paix. Espérons qu’il soit entendu.

Un peu chamboulés, on prend place dans le train pour Nagoya. Problème, celles-ci sont déjà prises. On se rend alors compte qu’à trois minutes d’intervalle et pour la même destination, nous sommes montés dans le Nozomi, train le plus rapide auquel nous n’avons pas accès avec le JRP ! Heureusement, nous pouvons compter sur la bienveillance et l’aide précieuse du personnel de bord. Une station et une descente-remontée plus tard, nous voici à nos places, libres cette fois ! La balade bucolique dans Nabana no sato, immense parc floral de Kuwana, nous fait un bien fou, bien aidé par le temps radieux et les cerisiers en fleurs (ce n’est pourtant pas encore Hanami). Surtout, nous sommes en pleine saison du Winter Light Festival : au coucher du soleil, le spectacle lumineux nous en met plein les yeux !

A peine remis de nos émotions, cap vers Takayama, perle perchée dans les Alpes japonaises. Célèbre pour ses maisons traditionnelles, son artisanat local et ses sources chaudes, c’est surtout sa gastronomie que nous venons rencontrer. Une fois n’est pas coutume, c’est de la viande que nous souhaitons goûter, tant la réputation du bœuf Hida (variété de wagyu, au même titre que celui de Kobe), élevé et nourri dans les montagnes, est importante. Sa tendresse, sa finesse, son motif et son fondant font de lui un mets délicat particulièrement recherché, et on comprend pourquoi. En guise de digestif, on se retrouve dans la brasserie Hirata pour célébrer le Sake Brewery Tour. Takayama est en effet réputé dans tout le Japon comme l’un des hauts lieux du saké, en raison de la rigueur du froid hivernal, de l’eau souterraine des Alpes et du riz « hidahomare »  – équilibre harmonieux entre les 5 saveurs que sont le sucré, le salé, l’acide, l’amer et le piquant – cultivé dans la région. Dans le cave, on nous explique le caractère sacré du processus (hello shinto), d’autant que contrairement au reste du pays, ici on ne fabrique de saké que l’hiver. Après la dégustation du breuvage purificateur et de biscuits fermentés, petite randonnée en montagne dans le magnifique parc Shiroyama et son charmant temple Shorenji (globetrotter dans l’âme puisqu’originellement à Shirakawago) recouverts d’un beau manteau blanc, mais sans traîner, au vu de toutes les pancartes « attention aux ours ».  Et pour ressentir la vie montagnarde de Gifu, quoi de mieux qu’une immersion dans le Hida Folk Village, véritable musée à ciel ouvert aux 30 maisons traditionnelles retraçant le quotidien des habitants ? Les illuminations d’hiver et le saké chaud finiront de nous enchanter, tout comme notre expérience d’un ikazaya, avant de retrouver notre minshuku (chambre d’hôte) et le désormais classique trio futon-yukata-onsen. Un dernier tour au Morning Market et en route pour Kanazawa,  capitale de la région.

Au Château de Kanazawa, un seul mot d’ordre : la pierre ! Gravée, sculptée, signée ou imbriquée, elle est partout. Les arbres du parc, quant à eux, sont parés pour l’hiver grâce à leurs yukizuri (cordes tendues contre l’entassement de neige), tandis que de nombreux rapaces tournoient au-dessus. Un tour en bus JR à travers la ville et les montagnes nous creusant l’estomac, on trouve refuge dans un restaurant coréen bien intimiste avec notre compartiment privé pour savourer à nouveau l’incontournable bibimbap. Cette belle journée s’achève à l’auberge par une soirée umeshu, délicieux alcool de riz à la prune. Mais attention, derrière un innocent goût sucré – incitant à se resservir sans crainte – se cachent en réalité 13° qui ne font pas bon ménage avec l’interview du journaliste télé venu pour l’occasion.

La nuit est agitée, et le réveil, orageux ! L’annulation de tous les trains locaux pour Kyoto nous contraint à retourner à Tokyo, avant de reprendre un shinkansen pour Kyoto, et de là, un autre pour Nara. Il faut s’accrocher, mais ce détour non désiré sera par chance l’occasion d’apercevoir le mythique Fuji-san, par temps clair s’il vous plaît ! Malgré l’heure tardive (4 de plus que prévu), on arrive juste à temps retrouver nos amis et pour l’ouverture de Todaiji Shunie, festival bouddhiste au cours duquel 11 moines se relaient et bénissent les visiteurs avec les cendres de branches de sapin enflammées. Attention à ne pas se brûler ! L’ex-capitale Nara, c’est aussi un immense parc aux daims sauvages, au sens propre comme au figuré : tout ce que le premier qu’on rencontre trouve à faire, c’est de dévorer goulûment le plan de la ville qu’on venait de récupérer ! Les visiteurs étant nombreux, les maîtres des lieux ont l’habitude d’être nourris du matin au soir, certains adoptant alors des comportements agressifs envers les invités se présentant les mains vides… Rasant les arbres pour ne pas tomber dans un guet-apens, on se réfugie dans The Deer Park Inn avec David et Bianca. On assiste aussi au Shikayose : un joueur de cor entame une mélodie, et de la forêt, des dizaines de daims accourent pour se rassembler autour de cet enchanteur, qui les récompensera avec des glands. Une visite du temple Todaiji, son immense Vairocana Bouddha bronzé (dont la main est aussi grande qu’un être humain) et ses acolytes, puis on repart direction… Kyoto, à nouveau !

Dans l’ancienne capitale impériale, le festival de poupées Hina Matsuri bat son plein, le marché Nishiki et le Food Hall Kyoto Marui réveillent nos papilles – udon, gyoza, sushi, tout (y) passe -, les kimonos valsent autour du touristique temple Kiyomizu-dera (quelques pas de côté permettent d’admirer un sublime coucher de soleil dans un calme absolu). La remontée du fleuve Kamo et d’alléchants restaurants nous faisant saliver, on ne résiste pas, festival oblige, à une friandise nommée taiyaki, gâteau en forme de poisson fabriqué avec de la pâte à pancake/gaufre et fourré d’anko. Et après les jardins zen du quartier traditionnel Gion, on se retrouve à crapahuter à Fushimi Inari Taisha, plus grand sanctuaire shinto du Japon avec ses 10 000 torii ! Erigé en 721 en l’honneur de la déesse du riz Inari – et par extension, de l’abondance et la richesse -, il est constitué de petits sanctuaires disséminés sur l’ensemble de la montagne du même nom. Pour notre dernier dîner, on se téléporte dans un restaurant Ninja. Au menu, spectacle délirant et acrobaties à tout va en mode Bioman. Après le show, un des cascadeurs nous apprend que sa troupe se trouvait en France l’année dernière, lors du festival Japan Expo ! La magie se poursuit durant le repas avec la venue du Ninja master et ses tours de street magic : rien de plus frustrant que de ne pas trouver le truc à 20 cm de soi. On dévore enfin nos plats : gressin shuriken, crevettes aux petits légumes, poulet frit aux copeaux de bambou, saumon grillé et bouillon de riz, salade de porc et makis, tarte noix-miel, saké, bière, thé vert… Arrêtez, on ne veut plus rentrer ! Allez, sayonara.

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