Chongqing, improbable mégapole

En Chine, on voit tout en grand. Justement, à Chongqing – l’ancienne capitale durant la guerre sino-japonaise (1937-1945) -, la ville intramuros s’étend tant qu’elle comprend 4 centres ! En comptant l’agglomération et ses alentours campagnards, la municipalité compte plus de 30 millions d’habitants et s’étend sur plus de 80 000 km2, soit l’équivalent de la population du Canada sur la surface de l’Autriche !

Surnommée « ville-montagne » pour le relief naturel auquel elle a dû s’adapter, on l’appelle aussi, comme San Francisco, « capitale du brouillard » en raison de l’importante pollution. Ce poumon industriel est en effet encrassé par la croissance économique inarrêtable de ce « modèle » sous tutelle directe du gouvernement central : la mégapole tentaculaire, qui faisait autrefois partie de la province du Sichuan, est devenue, à coups de fiscalité avantageuse pour les entreprises et une main-d’œuvre particulièrement bon marché, la plus grande usine d’électronique du monde, produisant un ordinateur sur 3, sans compter les millions de téléphones portables et d’écrans LCD ! Idem pour les autos et motos, dont la fabrication roule à grande vitesse. Tout ça avec un patriotisme exacerbé. Comme expliqué par certains locaux, ici, on n’est pas en compétition, on y naît.

Chongqing, c’est donc des grues et des tours par milliers, nuit et jour autant de chantiers. Des usines qui ne s’arrêtent jamais. Des ponts et des autoroutes constamment en construction. Une vie plongée dans la pollution. Un métro (station Liziba, ligne 2) qui passe dans un immeuble.

Et on n’a pas le temps… de dire ouf, qu’une nouvelle gare ferroviaire s’est construite devant nos yeux ! Véridique. En quelques mois, on passe ainsi des fondations à l’inauguration de celle de Shapingba, nom du quartier-arrondissement éponyme. De la taille d’une ville et concentrant plusieurs universités prestigieuses, c’est le district culturel, tout en étant plutôt populaire – merci l’exode rural à marche forcée pour récupérer les terres – avec d’ex-paysans parfois grassement indemnisés. Les modernes shopping malls poussant comme des champignons, ces néo-riches peuvent désormais consommer à la pelle ! Ce pouvoir d’achat tranche avec leur rusticité et simplicité, pouvant passer pour du manque de savoir-vivre et donnant lieu à des situations cocasses, mais qui rappelle finalement d’où ils viennent. Malgré le désastre écologique et démographique causé par la construction du très controversé Barrage des Trois-Gorges – près de 2 millions de personnes déplacées, une centaine de villages et 15 villes englouties, de même que 1300 sites historiques et archéologiques, la disparition de 436 km2 de terres et un budget largement dépassé pour un rendement plus faible qu’escompté – dont le réservoir se situe à l’est de la ville, l’agriculture locale est abondante grâce au climat subtropical humide. Cela donne deux saisons principales : des étés étouffants et de rudes hivers.

Ici, pas de neige puisque les températures ne descendent qu’exceptionnellement en-dessous de 0°C. Mais quel froid glacial ! La division du pays sur la question du chauffage – radiateur au Nord, clim’ inversée au Sud – explique un ressenti qui transperce la peau, sans compter une isolation laissant passer l’air à désirer…

Pour se réchauffer, rien ne vaut la cuisine régionale traditionnelle, dont nombre d’épices relèvent les plats, faites confiance aux célèbres piment et poivre du Sichuan ! Ce dernier, qui est en fait une baie, a la particularité d’anesthésier légèrement le bout de la langue et des lèvres, ce qui ne l’a pas empêché de se retrouver sur toutes les bonnes tables européennes au XIIIe siècle, lorsque Marco Polo en rapporta à Venise (la noblesse italienne en raffolait !). Justement, terre agricole oblige, c’est l’heure du hot pot ! La fondue chinoise, spécialité de Chongqing, est au menu : légumes, tofu, viandes émincées et autres nouilles cuisent dans un bouillon rouge aux condiments qui ne manquent pas de piquant ! La basique mais réconfortante soupe de nouilles xiao mian, les brioches xiao long bao, les raviolis fourrés jiaozi, le bœuf sous toutes ses formes, ou encore le fermenté « tofu puant » chou doufu… Ce dernier, à l’instar de certains de nos fromages (munster et autres), débouche probablement autant les sinus que les meilleures huiles essentielles.

Et pour accompagner tous ces mets, rien ne vaut une bière peu alcoolisée, ou au contraire l’eau de vie « baijiu » qui stérilise l’estomac, ou encore un simple thé vert…

Pour faire passer le tout, direction l’historique centre-ville, autour de Jiefangbei, la Tour de la Libération. Symbole fort de cette ville stratégiquement située – le chef du Kuomintang Tchang Kaï-Chek s’y réfugiant après le massacre de Nankin -, malgré tout la plus bombardée de la guerre sino-japonaise, elle célèbre aussi la victoire finale d’un terrible conflit. Aujourd’hui, autour de ce Times Square local pullulent gratte-ciels et boutiques de luxe en tous genres. Non loin de là se trouve le port de Chaotianmen mais surtout Hongyadong, ancienne forteresse militaire devenue lieu touristique par excellence. Vestige de la culture Bayu, c’est désormais un complexe de 11 étages le long de la rivière Jialing. Avec sa vue imprenable et ses mets remarquables, c’est un passage obligé (mais très fréquenté), d’autant qu’elle s’illumine chaque soir, offrant aux visiteurs des clichés colorés. Enfin, Ciqikou, la vieille ville et ancienne cité de porcelaine, voit certes certaines anciennes maisons subsister, mais c’est surtout une zone touristique très prisée aux échoppes abondantes.

Si on souhaite prendre l’air, les montagnes Nanshan et Geleshan sont des évasions nature en ville appréciables. Cette dernière cache en plus la Sichuan International Studies University, et avec son dénivelé, autant dire qu’apprendre se mérite ! Chongqing est d’ailleurs jumelée avec Toulouse, les deux « sœurs » s’échangeant chaque année des dizaines d’étudiants.

Pour se retirer plus loin encore, Dazu et ses impressionnantes statues sacrées, dans un écrin de nature, annoncent paix, calme et volupté.

De son passé paysan puis guerrier, du commerce maritime sur le fleuve Yangtsé aux nouvelles routes de la Soie, Chongqing la brumeuse est devenue, en quelques décennies et dans un quasi-anonymat, un acteur économique, touristique et industriel important de la Chine. Jusqu’à quand et surtout, à quel prix ?

lights-chongqing

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