Installation et administration, ce casse-tête chinois

Au pays de Mao, on aime les formalités administratives. Toute personne – qui plus est étrangère – entrant sur le territoire a le droit, voire le devoir, de passer aux rayons X.

On sent le désir des autorités de nous découvrir. De tout connaître de nous avant même notre premier rendez-vous. De nous frôler amoureusement les doigts afin de garder à tout jamais le souvenir de notre empreinte. Parfois même, de toucher sensuellement nos corps de haut en bas, puis de bas en haut. Galanterie oblige, on nous porte nos affaires sur des tapis roulants, qui passent un scanner pour s’assurer de leur bonne santé.

En fait, il s’agit de pénétrer dans notre intimité la plus profonde, à nous faire rougir autant que le drapeau chinois. Le passeport est un journal d’adolescent.e dont le cadenas si solidement verrouillé voit sa clé tourner, et ses secrets révélés. Il est ainsi impératif de se déclarer sa flamme au commissariat, avec l’adresse de son logement (non, non, pas le premier soir), tout comme à chaque (sortie et donc) entrée sur le territoire, sous peine de fâcher son obligée l’administration qui, vexée par ce manque de confiance, pourrait se venger de cette potentielle tromperie par un refus de nous revoir (adieu, visas et autres). A Chongqing, du fait de l’exode rural massif des campagnes vers la ville, un service spécial destiné aux paysans acceptant de quitter leurs terres nourricières pour devenir des citoyens citadins a été créé pour témoigner de leur affection. L’amour vache. Mais le précieux carnet de voyage est également indispensable pour l’ouverture d’un compte bancaire, ainsi que pour l’acquisition d’un forfait téléphonique (et ne suffit parfois même pas, ces coquins). On imagine déjà nos douces et longues conversations avec l’administration, qui munie de notre numéro, ne manquera certainement pas de nous rappeler, elle. Seul le métro ne demande pas d’attaches sentimentales, et comme notre cher aéroport, il nous porte nos affaires en les scannant systématiquement. On n’est plus habitué à pareille sur-bien-veillance.

Enfin, une des plus grandes preuves d’amour de la Chine envers ses habitants reste son attachement à sécuriser notre navigation sur Internet, en nous suggérant de précieux conseils via Baidu, WeChat et Weibo pour faciliter notre installation, tout en nous rendant libres de ne pas consulter certains sites. Ils s’en voudraient tellement qu’on tombe sur des contenus pouvant heurter nos petits cœurs. Et comme notre vie privée n’a pas de prix (Vive le Pays de la Neutralité !), des anonymes se chargent de la rendre transparente. Merci qui ?

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