Chine du Sud-Est, quand un pays en cache d’autres

Au revoir Chongqing, un nouveau périple débute et nous emmène à Chaozhou, dans la province de Canton. Notre arrivée, sous la pluie, est chaotique : trafic impressionnant, voitures, camions, scooters, tuk tuk… 10 minutes après avoir quitté l’aéroport, notre navette tombe en panne. Un taxi puis un « tuk tuk tricyle » nous amènent à notre guesthouse, au calme (cour intérieure zen) mais littéralement à deux pas de la vieille ville, pleine de charme. Dégustation de la spécialité locale : une simple et revigorante soupe de boulettes de bœuf. Chanceux, on assiste à un défilé de la danse du lion, on avance avec le cortège ! Après une telle animation, une promenade dans le temple Kaiyuan nous ressource complètement.

La traversée du pont Guangji (ou Xiangzi), l’un des plus anciens de Chine et en partie construit avec 24 barques au milieu, est l’occasion d’admirer une architecture particulière ainsi que la rivière Han. Le gardien entame une sympathique discussion, nous offrant même des sièges et de l’eau. Le teochew, dialecte local, n’a presque aucun rapport avec le mandarin, la communication est donc parfois difficile. De l’autre côté, on prend de la hauteur au temple dédié à Han Yu, célèbre poète du temps de la dynastie Tang. Chaozhou est également réputée pour ses poteries et sa porcelaine. Dans une boutique de céramique spécialisée dans le thé, et après nous avoir averti de l’interdiction des photos, on sympathise finalement avec la gérante. Art du thé et hospitalité obligent, tout en buvant du thé fenghuang, nous discutons de tout, notamment de son voyage dans le Minnesota où elle a enseigné l’art de la céramique chinoise, et dont la durée du trajet aux multiples correspondances l’a vaccinée contre de futurs voyages lointains. Comme nous sommes déjà chargés, nous ne repartirons malheureusement pas avec l’un de ses magnifiques services à thé.

Après les traditions de Chaozhou, le modernisme de Hong Kong ! Des shopping malls, boutiques de luxe et restaurants internationaux à foison, pas de doute, on est sur Tsim Sha Tsui ! Un tour au port permet d’apprécier la vue et les lumières de la rive d’en face. Et si nous avons quitté Chongqing, on s’y retrouve pour une nuit, dans Chungking mansion (ancienne orthographe) ! La réputation peu flatteuse de cet ensemble improbable, dédales abritant les communautés minoritaires d’Afrique et d’Asie (avec leurs commerces) ainsi que de nombreux voyageurs de passage, est un lieu de cohabitation cosmopolite ! Pas forcément aux normes d’hygiène, cela restera tout de même correct au prix d’une revalorisation à la baisse de notre confort.

Dans le métro, une dame discute avec nous, en cantonais – bien qu’utilisant les mêmes sinogrammes, il y a plus de différences entre cette « langue chinoise » et le mandarin qu’entre l’espagnol et le français !. Elle nous explique qu’il y a beaucoup de monde en raison de la fête nationale du 1er juillet. Mais oui, c’est une ancienne colonie britannique ! L’an dernier, on participait justement aux célébrations à Ottawa. On remarque que dans les wagons de métro, peu de places assises (et seulement 4 personnes par banquette, dans le sens de la longueur). La dame nous dit que contrairement aux Chinois qui travaillent beaucoup debout, les gens de Hong Kong sont souvent assis (au bureau), alors pour se maintenir en forme, c’est bon de rester debout. Selon elle, on peut le voir, à Hong Kong tout le monde est svelte alors que les Chinois se battent pour les places assises et sont plus souvent en surpoids. Effectivement, dans le métro repartant pour la frontière chinoise (Shenzhen), notre wagon était presque vide. Mais certaines personnes, malgré les nombreuses places disponibles, sont quand même restées debout. Pas nous, on est devenus de vrais Chinois !

Autre langue, autre culture, autre devise, autre… pays ? Si Hong Kong fait officiellement bien partie de la Chine, le fait d’avoir besoin d’un « visa » pour entrer/sortir du territoire (frontière, contrôle, etc.), même pour les Chinois, interpelle sans aller sur le champ politique. Le dynamisme économique et le niveau de vie élevé de la population sont également en contraste avec une grande partie de l’Empire du Milieu. Mais pour combien de temps encore ?

On reste en langue cantonaise et on file à Canton / Guangzhou, mondialement connue pour sa savoureuse cuisine. Au menu, dim sum à gogo et déjeuner avec Edwin (un confrère de Club Med Chine) chez 点都德, proche de notre logement et de la station Yangji. Cette chaîne de restaurants ne désemplit pas, son succès implique de prendre un ticket et son mal en patience malgré le nombre impressionnant de tables ! Le ballet des plats tous aussi savoureux les uns que les autres commence, le tout arrosé d’un mariage de thés réussi (chrysanthème et un fruit indéterminé). Repus, on part pour l’île Shamian, ancienne concession britannique et française réunissant beaucoup de constructions à l’architecture européenne en tant qu’ancien centre commercial international. On se repose dans son parc à la végétation luxuriante. Un tour au Temple de la brillante piété filiale (Guangxiao) et un petit aperçu du Temple des six banians continuent de nous ressourcer, nous permettant aussi de faire la connaissance de Hammad, sympathique Londonien venu dans un cadre professionnel et éprouvant le réel besoin de voyager (cela lui permet de calmer le flux de ses trop nombreuses pensées). Le soleil se couchant, direction les illuminations de la Canton Tower (métro éponyme ou Zhujiang New Town). Malgré les 11 millions d’habitants sur une moins grande superficie que Chongqing, on a l’impression de respirer davantage grâce à de grandes places. Mais la chaleur accablante même en soirée nous fait vite rentrer (les températures ici ne baissant pas la nuit, on peut appeler cela une canicule !).

Ça y est, en route pour le Vietnam ! Première étape, Guangzhou – Nanning. Nos billets de train sont pris, on part avec un peu d’avance, on a prévu un petit pique-nique et on arrive à la gare. Alors qu’on cherche notre numéro de train, on lit Guangzhounan (sud) !

Ni une, ni deux, on fonce à la recherche d’un taxi. Quelqu’un propose spontanément ses services, on file à sa voiture. Je lui demande plusieurs fois le prix du trajet et il me rassure en disant qu’il mettra le compteur. Bien. Après une course digne d’un film d’action hollywoodien, on arrive en 30mn top chrono à la bonne gare. Même si on vient malgré tout de rater notre train pour quelques minutes, la performance est à saluer. Le conducteur, avec qui on a plutôt bien sympathisé, donne alors le tarif. La barrière de la langue nous fait probablement mal comprendre, il nous montre alors son téléphone (écran éteint durant tout le trajet) : 428¥, soit sûrement 4 fois plus que d’ordinaire ! Devant son injonction à payer rapidement, on refuse aussi sec. On s’énerve des 2 côtés, lui voulant nous emmener chez son patron (entreprise privée, tiens donc) pour régler ce différend, nous souhaitant appeler la police. Le ton monte, on ne cède pas. Il nous dit qu’on pouvait choisir de ne pas monter, on le traite d’arnaqueur. Il nous affirme que ce sont les prix et qu’on peut vérifier sur internet, on lui rétorque que malgré nos demandes répétées, il n’a jamais voulu nous donner le coût approximatif de la course en avance. On lui propose 100¥ car d’expérience, c’est un tarif plus raisonnable et qu’on n’a de toute façon plus grand-chose, il les rejette. Après plusieurs coups de fil de plus en plus désespérés à son entreprise – « les 2 Français ne veulent ni payer ni venir au bureau, j’ai essayé mais là je ne sais plus quoi faire » -, il finit par céder et nous demande « seulement » de lui donner l’argent qu’on a sur nous. Maigre butin de 160¥ sur les 428¥ réclamés, mais on se sent tout de même bien délesté, sans compter qu’on vient de reperdre le temps préalablement gagné…

Dans notre malheur, nos billets de train sont heureusement échangeables sans coût supplémentaire pour un autre horaire. Nous voilà donc sur place avec 2h d’avance ! Le temps de nous remettre de nos émotions, d’engloutir nos déjeuners et de remplir nos gourdes, on part chercher notre train avec une demi-heure d’avance pour éviter de réitérer notre mésaventure matinale, d’autant que nous sommes chargés comme des mulets. Mais le sort s’acharne décidément, car l’immense gare aux 3 étages nous perd, différents agents nous indiquant différentes directions. Le temps file et les minutes défilent ! Plus que 5, 4, 3… Notre course contre la montre s’achève quand on aperçoit enfin notre voie, et on fonce sans grande conviction, paradoxalement déjà résignés, c’en est trop. Finalement, on réussit à monter de justesse, notre train part dans la foulée. La prochaine fois, on sera sur place 2h avant ! Ah non, c’était déjà le cas…

 

Puisqu’on sait qu’on arrivera à Nanning après le départ de l’unique train de nuit quotidien pour Hanoï, on active le plan B : des bus s’y dirigent tous les matins. Il nous faudra donc désormais réserver 2 billets et une nuit d’hôtel (à proximité, hein) à notre descente de train…

A notre arrivée, tout s’enchaîne, billets de bus pour le lendemain matin, chambre tout confort au pied de la gare (et une lessive en machine, le luxe ultime), boissons à volonté, petite échoppe aux plats délicieux… Ou comment bien terminer une journée pourtant bien mal commencée !

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