Vietnam : allons à cette Baie qui laisse bouche bée

Enfin, le grand départ pour le Vietnam ! A la frontière sino-vietnamienne, grâce au passeport français, exemption de visa pour des séjours de moins de 15 jours, pratique ! Lors d’une pause, on nous offre même notre premier pho – traditionnelle soupe de pâtes de riz à l’inspiration française, qui l’eût cru ! -, que demander de plus ? 8h plus tard, nous voilà arrivés sans encombres à Hanoï. Dès la descente du bus, une horde de taxis se rue sur nous pour proposer leurs services à des prix touristiques. La barrière de la langue est un vrai frein mais un billet de l’Oncle Sam finit par nous amener à bon port, dans le vieux quartier. Après une première balade, match de la France avec le personnel enthousiaste de l’auberge, qui connaît mieux les joueurs que nous !

Le Lac Hoan Kiem est l’un des symboles de la capitale, et son temple sur l’eau Ngoc Son nous fait remonter le temps, jusqu’à l’histoire du Lac de l’Epée restituée. Selon une légende, l’Empereur Le Loi aurait vaincu et repoussé les Chinois grâce à une épée repêchée dans ce lac. Après les combats, une tortue qui y vivait lui aurait réclamé cette épée, et l’empereur, y voyant un signe divin, se serait aussitôt exécuté. Le tour du lac est apaisant, le bánh mì (sandwich vietnamien hérité du colonialisme français, littéralement « pain de blé »), vivifiant. Au marché Cho Dong Xuan, les étals infinis aux multiples odeurs promettent d’intenses saveurs. Le cœur de Hanoï.

 

Au vu des trop nombreux deux-roues, allons à la Baie d’Ha Long ! Et pour éviter l’amas de touristes aux identiques excursions, on tente une échappée dans la baie voisine Han La, sur Cat Ba. Signifiant Île des femmes, c’est un hommage à leur contribution en temps de guerre. La chance nous sourit puisque nous serons seuls sur notre bateau, la croisière s’amuse ! Gênés d’avoir un équipage de 8 personnes à notre unique service, on s’y fait quand même… Puisque le mauvais temps s’invite et nous contraint à rester à bord, déjeuner et sieste réparatrice nous remettent d’aplomb quand réapparait l’horizon, pour sauter du bateau et piquer une tête, entourés d’eau et de pitons rocheux. Cocktail et pastèque fraîche accompagnent notre splendide coucher de soleil sur la Baie et son paysage karstique… Cela nous met en appétit : ça tombe bien, petit cours de cuisine ! On confectionne et déguste quelques rouleaux de printemps avant de savourer notre gargantuesque dîner sur le pont, « seuls au monde » à la nuit tombée, avec des chansons romantiques en fond. Les Vietnamiens adorant le karaoké, on pousse même la chansonnette avec eux. Un chat aussi, mais quand et comment est-il monté ? La mer est agitée et nous fait tanguer, mais malgré la tempête, nous berce…

 

Au réveil, on mange de la pluie, puis une éclaircie ! C’est le moment d’enfourcher nos vélos pour une balade à travers le parc national de Cat Ba. On « entend » le lac des grenouilles, dont les croassements de ses habitants résonnent au loin, et on s’arrête dans le village Viet Hai. On apprendra que les langurs (singes présents uniquement sur l’ile) ne sont déjà plus qu’une soixantaine, que le tourisme apporte une richesse certaine, mais que ce développement économique s’accompagne de désagréments : le Vietnam est le 3e pollueur mondial ! La Chine, indétrônable 1ère du classement, est en partie responsable par les déchets qu’elle leur renvoie en mer. Mais les habitants-pêcheurs des maisons et villages flottants qu’on découvre avec enchantement ont aussi leur part, jetant tout par-dessus bord plutôt que sur la terre ferme… Le soleil nous quitte pile en remontant sur le bateau ! Dès lors, les éléments seront déchaînés et les paysages, complètement changés. C’est le moment de s’éclipser et de rejoindre Hue. Au vu de la distance importante, on tente le train de nuit. C’est parti pour 13h bringuebalé dans tous les sens, avec un marchand ambulant passant de temps en temps en gueulant…

 

Accueillis par la pluie (mousson, bonjour !), on se réfugie dans un café avant de traverser un pont rempli de mobylettes (oui, ce mot existe toujours) et d’aller sur les traces de la Cité impériale. On profite ensuite d’une balade le long de la rivière et ses dragon boats, avant que des étudiants nous interpellent afin de pratiquer leur anglais. L’un d’eux ira prochainement en Sardaigne, alors que sa sœur vit à… Lyon ! Ils en profitent aussi pour nous montrer une liste bien organisée de restaurants recommandés qui s’avèreraient plutôt être des établissements desquels ils percevraient une commission.

 

Avec la magie des anagrammes, Hanoï devient Hoi An ! Une vieille ville magnifique, des marchés central et de nuit animés, des échoppes le long de la rivière… Et un spectacle son et lumière sur l’autre rive ! A la Green World Villa, on est accueilli comme de bons amis voire de la famille par Vi, Hinh et Len, et on a la bonne surprise de nous reposer dans une chambre avec accès direct et privé à la piscine…

 

Depuis Hoi An, on remonte le temps à My Son (pas comme mon fils, prononcer à la française « mi sonne »), sanctuaire Champa existant depuis des milliers d’années et convoité par les puissances occidentales. Avec des statues et temples consacrés notamment aux dieux Shiva et Ganesh, figures incontournables de l’hindouisme, c’est un avant-goût des célèbres Temples d’Angkor. La composition des pierres aux différents matériaux (briques, pierre de sable, lave) et sa résistance à l’érosion et au temps restent un mystère, malgré les recherches menées par plusieurs équipes européennes pour déceler le secret et simplement comprendre. Des cratères créés par des bombes de la Guerre du Vietnam, des symboles phalliques à tout va, une statue sans tête (car volée par les Français)… Elle est aujourd’hui exposée au Louvre, et n’est pas prête de retrouver sa terre d’origine.

 

Puis, cap sur Ho Chi Minh Ville ! Anciennement Saigon, la métropole bouillonne de vie, la circulation est dense, et c’est un énorme euphémisme. En effet, ici, les scooters ne se faufilent pas entre les voitures. Ce sont les voitures qui se faufilent entre les scooters ! C’est aussi le triste théâtre des Guerres d’Indochine et du Vietnam. La visite du War Remnant Museum (plutôt que les tunnels de Cu Chi) seront instructifs du Vietnam communiste d’alors. Le discours anti-américain est omniprésent, et les photos, vidéos et témoignages, poignants. Devant tant de cruauté humaine, des visiteurs essuient des larmes, d’autres les retiennent, et un silence de recueillement règne collectivement. La douleur se ressent sur les générations suivantes, en témoignent les nombreuses maladies et malformations dues notamment aux produits chimiques déversés par tonnes sur les populations. Le tristement célèbre agent orange des Monsanto & co (Dow Chemical) faisait déjà des ravages avant sa toxique et criminelle reconversion dans l’agro-alimentaire… Une note d’espoir vient naturellement de l’innocence des enfants, ainsi que de la nature, qui après des décennies de déforestation et d’annihilation, reprend ses droits primaires (mangroves et autres).

 

Puis, comme un symbole, on passe devant le Palace de la réunification. Le coin français, doté de la cathédrale Notre Dame de Saigon et du bureau de poste (et même son Café de la Poste !), montre l’architecture de l’époque. Le marché (Cho) Ben Thanh grouille de monde, les affaires vont bon train !

Enfin, Cho Lon en vue ! Autrefois séparée de Saigon, c’est désormais son 5e arrondissement/district, son Chinatown et littéralement un « Grand Marché ». On retrouve le 458 rue Tran Hung Dao, qui possède de doux souvenirs… Autrefois maison et épicerie familiales, cette adresse a changé maintes fois de propriétaire, servant même (dixit des voisins) d’opiumerie, avec jeunes femmes à gogo et alcool coulant à flot… Ming, travaillant au numéro 454 (restaurant Hung Ky, le suffixe Ky indiquant l’appartenance chinoise), nous parle… en cantonais ! Ce Hoa (Chinois du Vietnam) de 50 ans est né à Saigon et nous fera même l’honneur de quelques phrases en français, langue qu’il a apprise par le passé. Ming nous explique que le gouvernement a désormais repris possession des lieux et en a fait un dispensaire. Ouf !

On pénètre ensuite dans l’intimité du magnifique temple Thanh That Saigon, en pleine cérémonie de moines, et on monte vite les étages… pour tomber sur un violoniste ! Celui-ci nous apprend que son frère et sa sœur sont partis pour l’Allemagne en 1984, qu’il n’est jamais allé les voir mais qu’ils se téléphonent souvent, et que sa sœur est revenue une fois. Lui est un vietnamien catholique, et si on partage différemment la foi en l’humain, on connaît en revanche la même comptine pour enfants ! Deux rencontres successives, éphémères mais si fortes. Qui sait, peut-être nos routes se recroiseront-elles un jour ?

 

Les marchés regorgent de chinoiseries bon marché, les pagodes dégagent une réelle tranquillité et ce quartier coloré – l’Amant chinois de Marguerite Duras n’en vient-il pas ? – est comme un rêve. Un autre nous attend sur la rue Pham Ngu Lau, la finale de la Coupe du monde. Malgré l’ambiance pro-croate qui règne dans les bars de la ville, c’est bien la France qui l’emporte au final !

 

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