Temples d’Angkor, encore !

Que diriez-vous de troquer les mobylettes du Vietnam contre les temples du Cambodge ?

Bus matinal avec Mekong Express direction Phnom Penh, avec une alerte quant au tarif du visa tourisme. Durant le trajet, la responsable collecte nos passeports « pour aller plus vite à la frontière » et annonce 35$ au lieu des 30$ requis pour frais de service « express ». A la lecture de commentaires impliquant des bus qui repartent sans les passagers refusant la surtaxe (nous, donc), on lui en parle tout de go : on aura seulement 20 mn pour nos visas. Finalement, grâce à ses indications, on finira presque en même temps que les autres ! Sur le chemin, on remarque aussi la particularité des maisons cambodgiennes typiques : sur 2 niveaux, la partie principale est surélevée avec un accès par des escaliers. La partie inférieure (au frais) possède généralement aussi une pièce, abritant également le garage et offrant la possibilité d’étendre son linge. Ainsi, en hauteur, les risques d’inondation liés aux pluies diluviennes des moussons sont limités. Que de temples somptueux, avec le Tonlé Sap en arrière-plan… Voilà Phnom Penh !

Selon un mythe, le dieu hindou Shiva aurait marié l’ermite Kambu à l’apsara Mera (nymphe céleste). Leurs descendants furent les Khmers, citoyens du nouveau pays de Kambu(jadesa), puis Kambuja devenu Cambodge. Pays habité dès le néolithique, les sociétés primitives vénéraient les neak ta (esprits des ancêtres habitant dans le sol et l’eau), avant que la Chine et l’Inde ne s’invitent sur fond de commerce. Le khmer est d’ailleurs tiré du sanskrit, langue des textes sacrés hindous et témoin de sa grande influence. Plus tard ballotté entre Vietnam, Siam (Thaïlande), France, Japon et Etats-Unis notamment, le Cambodge a eu un passé pour le moins mouvementé !

Sous domination protectorat francais durant près d’un siècle, la capitale conserve des traces de cette période. Le marché central, véritable poumon commercial, lui doit notamment son architecture et son dôme. A l’intérieur, alimentation (un régal), vêtements et bijoux se côtoient, comme le traditionnel krama – ce foulard multi-usages dont on trouvera en ville le plus long jamais tressé, inscrit au Guinness des Records -, et contrairement au bondé Cho Ben Thanh de Saigon, ici on respire ! D’autres bâtisses comme le bureau de poste rappellent également le passé colonial, sans compter les nombreux affichages en français. Dès notre arrivée, on aperçoit le monument de l’Amitié Cambodge-Vietnam ainsi que le monument de l’indépendance !

Phnom Penh, c’est aussi et surtout Vat Phnom. Pagode symbole de la ville, la légende raconte que Mme Penh aurait trouvé 4 statues de Bouddha sur les berges du Mékong, qu’elle aurait ensuite installé sur la colline, d’ou le nom Phnom Penh. Vat Ounalom, considéré comme le centre du bouddhisme cambodgien car censé recueillir un sourcil sacré de Bouddha, est lui pourtant bien moins visité.

Les batteries rechargées et l’esprit apaisé, on se prépare à vivre de très fortes émotions en rouvrant les pages les plus sombres de l’histoire cambodgienne. Victime collatérale de la Guerre du Vietnam, bombardé comme jamais par les Etats-Unis (près de 3 millions de tonnes, soit plus que la totalité des bombes lâchées par les Alliés durant la 2nde Guerre mondiale), le pays a vu en réponse à cette agression sans précédent la montée d’un groupe révolutionnaire : le Parti Communiste du Kampuchea, dit les Khmers rouges. A cette seule évocation, on tremble devant les dramatiques événements survenus. Le 17 avril 1975, leur marche sur Phnom Penh est l’occasion d’exécuter tous les membres du regime de la République khmère d’alors pour libérer le pays. Qui sera de courte durée, puisqu’ils font évacuer la ville sous le faux prétexte d’un imminent bombardement américain. Résultat, la pagaille, des familles déchirées, sans toit, et un nouveau régime basé sur une doctrine maoiste marxiste-léniniste radicale sur fond d’utopie agraire : l’Angkar. Un cauchemar commence… Endoctrinement, coupure avec l’extérieur, abolition de l’argent et de la propriété privée, « rééducation »… Frère numéro 1 dit Pol Pot, Duch et les autres cadres du Parti n’hésiteront pas à tuer en masse pour garder le pouvoir.

Le « musée » Tuol Sleng, ancien lycée transformé en prison S-21, fait froid dans le dos. Comment les Khmers rouges ont-ils pu, au nom de leur idéologie, créer un tel camp de torture et de concentration ? Anciens « traîtres » de la République khmère mais aussi supposés complices de la CIA, intellectuels, gens du « nouveau monde » (les non-paysans), de tout âge et de tout horizon, et surtout cadres du parti (avec famille) accusés à tort et à travers de trahison : l’Angkar ne se trompe jamais, tous les prétextes et moyens sont donc bons pour enfermer, torturer, affamer, faire avouer, exécuter. Des étrangers seront aussi massacrés. Il y a 40 ans, une tempête fait rage et le bateau Foxy Lady échoue sur l’île Koh Tang : à son bord, le néo-zélandais Kerry Hamill, 26 ans, est capturé. Alors qu’il voguait sur les mers d’Asie du Sud-Est et qu’il projetait de se marier, sa vie a pris un tournant dramatique : Tuol Sleng. Forcé de confesser son espionnage sous la torture, il n’en a pas moins gardé une forme d’espoir et de résilience : son appartenance au CIA et son supérieur le Colonel Sanders (fondateur de KFC), le numéro de téléphone familial composant son matricule d’agent, des proches devenus collègues, et même son instructrice en communication orale « S Tarr », soit Esther, sa mère… Malgré sa mort imminente, il a montré humour et amour jusqu’au bout, et est parti avec le dernier mot.

Ce terrible génocide, avec la complicité (in)consciente de l’Occident via notamment la délégation suédoise, fera perdre en 4 ans de Kampuchea démocratique pas moins d’1/5e de la population ! Si aujourd’hui, le pays est dans une relative stabilité avec le roi Norodom Sihani (fils de Sihanouk), des risques anti-démocratiques subsistent, et ce malgré le procès de Duch, le directeur de l’ancien camp. Vann Nath, un artiste qui doit son salut à son métier, a dépeint la vie dans cette prison dans plusieurs tableaux, à côté de nombreuses photos montrant les atrocités de cette période. Pénétrer dans les cellules, regarder les images est difficile mais peut-être nécessaire. Norng Chanphal, dont les parents ont été exécutés, est un survivant de S21 désormais dans l’équipe du musée, et nous raconte son émouvante histoire, terminant ce devoir de mémoire sur une note d’espoir.

L’espoir, on le retrouve aussi au Restaurant Friends et à la boutique Friends n stuff, gérés par des ex-enfants des rues, où consommer local rime avec solidarité. Et surtout dans une rue de la ville, où, seulement munis d’une photo et d’une carte postale jaunies par des décennies, on retrouve des proches ! Puis, le Palais royal et sa Pagode d’argent – avec la statue équestre du roi Norodom 1er, qui serait celle de Napoléon III dont la tête aurait été remplacée par celle du souverain cambodgien – nous rappellent à nouveau la puissance d’antan de l’empire khmer, avant-goût de ce qui nous attend encore… aux Temples d’Angkor !

A Siem Reap, petit tour dans le jardin de la pagode Preah Prom Rath puis dans l’animation de Pub Street et du marché central, avant de retrouver nos quartiers. Et surtout Monsieur Chho, notre précieux chauffeur de tuk tuk de 28 ans, vient des environs de Phnom Penh et vit désormais à Siem Reap. Quand il était employé d’hôtel dans la capitale, il ne gagnait pas suffisamment, devait souvent emprunter pour boucler les fins de mois, ne trouvait pas non plus de temps pour aller voir sa famille. Depuis, chauffeur pour un hôtel de Siem Reap, il vit convenablement, réussit à mettre un peu d’argent de côté tout en se reposant davantage, et se considère désormais libre. Il retourne parfois voir ses parents âgés, qui ne peuvent plus travailler. Pour lui, sans système de retraite comme en France – son beau-frère, comme beaucoup, y a fui Pol Pot et ses Khmers rouges -, les enfants doivent soutenir financièrement les anciens. Emu aux larmes, il raconte qu’un jour, sa mère lui a dit : « je n’ai pas besoin de ton argent mais de toi, la vie vaut plus que des billets« …

Les trois jours en immersion dans les Temples d’Angkor – entrée gratuite pour les Khmers et leurs descendants, y compris de l’étranger, diaspora oblige – sont à la hauteur des splendides édifices, tel le célèbre Angkor Wat et ses statues d’apsaras (nymphes célestes, sirènes ou danseuses d’une grande beauté selon les légendes). La « ville » Angkor Thom n’est pas en reste, abritant l’apaisant Baphuon restauré par le gouvernement français, mais surtout, l’omniscient Bayon : comptant 54 tours, composée chacune de 4 énormes visages sculptés de 4 mètres de haut et orientés vers les points cardinaux, ce sont 216 sourires énigmatiques, ainsi que de magnifiques bas-reliefs sculptés représentant le quotidien passé d’Angkor, qui nous envoûtent littéralement.

 

Après un majestueux lever du soleil au « bassin royal » de Srah Srang, on pénètre dans Ta Prohm, la « jungle de Tomb Raider », bien silencieuse au petit matin. La lumière idéale, les édifices magnifiés par les arbres, à la fois racines et toits, le temps s’est arrêté. Quand il reprend, les visites se poursuivent à la vitesse du tuk tuk : Ta Keo, Ta Som, Preah Khan, Pre Rup… Mais aussi les moins connus Lolei et Bakong, avant enfin d’atteindre Phnom Bakheng, depuis lequel on contemple une dernière fois Angkor Wat. Et c’est déjà le départ pour Bangkok, escale précédant le retour final…

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