Malaga, la playa, Picasso et le chemin du Roi

Le lundi au soleil, on s’y fait tellement qu’après l’Italie, en route pour l’Andalousie ! Au cœur de la Costa del Sol (Côte d’Azur ibérique) se trouve une ville portuaire et balnéaire, poumon touristique de la Méditerranée : Malaga, prête ou pas, me voilà !

S’il n’y a pourtant pas de décalage horaire, le dépaysement commence immédiatement : petit-déjeuner vers 10h, déjeuner vers 14h, sieste jusqu’à 17h et dîner vers 22h ! En plus, bénéficiant d’un climat subtropical méditerranéen, Malaga compte plus de 300 jours d’ensoleillement par an. Je recevrai donc, résigné, toute la chaleur de l’astre solaire ainsi que le ciel bleu. La vie est parfois cruelle.

A l’origine phénicienne, « Malakka » devient Carthaginoise, puis passe aux mains des Romains – d’où le théâtre et le bassin de garum – avant de subir les influences germaniques avec les Vandales et les Wisigoths, et même les Byzantins ! Mais c’est surtout la domination des Maures qui va marquer la culture malaguène durant huit siècles : islam, architecture des maisons, agriculture, artisanat, commerce… Paradoxalement, orthodoxes, musulmans, juifs et chrétiens vivront à cette époque une forme de cohabitation.

Aujourd’hui, l’Alcazaba, le castillo de Gibralfaro et le Mercado Central de Atarazanas se chargent de nous rappeler ce « glorieux » passé où régnait l’abondance. Malaga, c’est aussi la ville de Pablo Ruiz Picasso, et un musée ainsi que sa maison natale trônent sur la place Merced pour célébrer son héritage. Traumatisme d’une sœur décédée à 7 ans, importance des traditions, place de la religion, amour pour la mer et le flamenco, mais aussi pour la tauromachie (quelle déception !), dadaïsme (ouf !)… Et il faut croire que le talent est de famille, son père José ainsi que son oncle – le général Juan Picasso – excellant également dans l’art du dessin et de la peinture. Pour poursuivre l’aventure culture, cap vers le port et son énorme auvent en forme au choix d’arête de poisson ou de carcasse de bateau. Outre les galeries d’art, El Palmeral propose l’exposition EXIT/EXIST d’Alejandro Gines, El Cubo se dresse en annexe du Centre Pompidou parisien et surtout, l’Artsenal dévoile son armada d’œuvres dans ce nouvel espace culturel de 1 700m². Des artistes (inter)nationaux, des performances, des concerts, une bibliothèque, des canapés faits avec des palettes (et de confortables matelas) sans oublier le bar, pour une vue artistique sur la mer !

Après tant de visites, une pause s’impose. El Tapy offre littéralement ses tapas – invention andalouse, de Grenade plus précisément -, pour un duo explosif tapas-bière à 0,70€. Oui, vous avez bien lu. Boum ! La pizza margharita à 2,50€ de la Pizzeria Showarma Cervantes se révèle être un délice. Quant à la taperia Astrid, on y va autant pour ses bons petits plats que pour son ambiance cosy, son espace dédié aux arts et sa cuisine ouverte sur la salle, d’exposition donc, où on peut accessoirement s’attabler (menu entrée, plat, dessert, boisson à 8,95€ : ai-je précisé que tout était bio, frais et fait maison ?). Le marché central couvert, à l’architecture arabe et aux imposants vitraux, propose des produits frais autour des fruits, légumes et poissons. Celui de la Merced trouve un public plus aisé et branché, entre marché de produits et stands de dégustation restauration. Pour digérer tout ça, que diriez-vous d’un thé bio aux saveurs du monde chez Teteria, en dégustant un bon bouquin récupéré chez Re-Read ?

La balade continue et Malaga recèle de trésors et d’artistes de rue : musiciens et chanteurs de flamenco, tziganes, jongleurs, mimes… devant le Teatro Cervantes, un talentueux trompettiste délivre une partition jazzy pleine d’émotions et fait oublier, le temps d’un instant, le Festival de Jazz de Malaga qui s’y joue. Autre festival, Fancine : cinéma fantastique et sci-fi, animation japonaise et jeux de société se donnent rendez-vous sur la place du Théâtre romain. Sur la route de mon lieu d’hébergement, je pénètre dans Lagunillas, temple du street art malaguène ! Si ce quartier défavorisé semble délaissé, il possède d’inestimables richesses en ces impressionnantes fresques, véritables moyens d’expression et de liberté dans un univers tenant parfois de la survie. A l’initiative du peintre Miguel Chamorro, l’association Fantasia en Lagunillas œuvre depuis 2004 avec les enfants et familles pour réhabiliter et redonner vie à leur quartier. Un beau projet humain et artistique symbolisé par la plus belle place de Malaga : la Plaza Esperanza. A deux pas de là se trouve également le nouveau centre culturel Polivalente.

J’arrive chez Kristophe et Albert, sympathique couple de Belges retapant une maison afin d’en faire un lieu de vie communautaire queer. Des valeurs portées sur la permaculture et l’agroécologie, la sociologie et la méditation, le yoga et le tantrisme. Des amoureux du voyage, globe-trotters dans l’âme, possédant un nombre d’anecdotes infini et une bienveillance qui l’est tout autant. J’ai par exemple appris que Cuba a par le passé décidé de prendre en main la santé de ses concitoyens, notamment en termes d’alimentation. La population avait droit au riz blanc et le riz brun/complet, jugé moins bon, était laissé aux détenus des prisons. Ils ont fini par constater que les détenus étaient en meilleure santé !

C’est revigoré que je passe par Ensanche, quartier historique au passé bourgeois puis plus tumultueux avec ses trafics en tout genre et sa criminalité, également en voie de rénovation. Mais par la Ville cette fois, qui en subventionnant des artistes d’art de rue et en le renommant Soho (New York style) pour en faire une vitrine, a surtout fait flamber les prix de l’immobilier, pour des résultats peu probants pour le moment. N’est pas authentique qui veut (cc Lagunillas). Cela m’amène au Parque del Paseo, jardin tropical à la végétation luxuriante et au Campeo Eliseo (oui, oui, les Champs-Elysées). Les nombreux édifices religieux, comme la cathédrale de Malaga et sa tour unique « la Manquita ou Manchote », me laissant de marbre – NDLR : peuple très croyant et très pieux, industrie des jeux d’argent (loto en tête) florissante. Coïncidence ? -, un départ précipité pour les sentiers escarpés du Caminito del Rey sera ma lumière.

Cet ancien parcours pour amateurs de sensations fortes et via ferrata a été remis aux normes après des années de délabrement ayant conduit à plusieurs décès. Aujourd’hui, c’est un site accessible à tous, avec des paysages saisissants, qui rappelle à nouveau la beauté et l’immensité de la nature (on se sent du coup minuscule, voire insignifiant, ouch). Pas rassasié de dépaysement, je pars pour Gibraltar (« mont de Tariq »), vestige de l’impérialisme britannique et revendiqué par l’Espagne. L’autocar longe la côte, passant par Torremolinos – station balnéaire ne vivant que par le tourisme l’été, et désertée le reste de l’année -, les villes défilent, tout comme le paysage d’eau et de sable fin qui me berce tout au long du trajet. Torrequedos, Torreblanca, Torr-etc… De toutes ces tours, il ne reste que les noms !

Sur place, l’Upper Rock en impose (that rocks!), le passé ressurgit avec le Great Siege Tunnel, le Moorish Castle, les macaques, les cabines téléphoniques rouges et le fameux fish&chips… En flânant au hasard, je tombe sur LA bonne adresse qui porte on ne peut mieux son nom : The Tasty Bite. Une foule qui s’amasse jusqu’à dehors, un intérieur d’époque (vintage étant un mot trop faible) : ici, tout est fait maison et à l’ancienne selon plusieurs influences. Ce sera donc creamy spinach pie, spanish tortilla and chocolate pie, un régal à régler en livres (après conversion, en euros). Et voilà déjà The Last Bite !

Avant d’achever mon périple, passage obligé par la Malagueta, plage de Malaga. L’occasion de brandir fièrement mes rudiments dans la langue de Cervantes se présente enfin : vamos a la playa y una cerveza! Au vu de l’heure, ce sera finalement un bain (de pieds) de minuit. Adios !

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