Casino, l’endroit qui rend dingo

Depuis mon arrivée il y a quasiment un an jour pour jour, je n’avais jamais mis les pieds au Casino de Montréal, attraction phare de la ville et vestige du pavillon français de l’Exposition universelle 1967. Par curiosité et par goût du défi, l’oubli est rétabli.

On dit que la nuit, tous les chats sont gris. Les amoureux du jeu aussi. Grisés par l’appât du gain, près de 20 000 visiteurs sillonnent chaque jour les allées encombrées de ce temple maudit, à la recherche d’argent facile ou de divertissement. Les gérants l’ont bien compris, il faut perdre leurs « chers » convives dans un dédale de machines à fous sous et tables de jeu, boutiques en tous genres, services de change et d’hôtellerie, guichets automatiques, vestiaires et voituriers, bars et restaurants, le tout servi avec des lumières aveuglantes et un brouhaha incessant… seules des pendules manquent à l’appel, constituant l’unique règle d’un monde qui ne tourne pas rond : ne montrer l’heure sous aucun prétexte. Quoi ? Semer la confusion dans l’esprit des visiteurs ? Vous n’y pensez pas.

C’est dans cet environnement intentionnellement atemporel que l’addiction prend place, sous couvert de divertissement immoral éthique et éco-responsable : « jouer un rôle socialement responsable » et « miser ensemble sur le développement durable », qu’ils disent. Visiblement, ce qui est durable ici, c’est la connerie.

Côté jeux, le casino « s’ouvre à la modernité » avec la roulette sur écran tactile (autant jouer aux machines à sous), la Roue de la fortune (sans mots à deviner, bimbo et présentateur ringard) ou encore la Bataille… A quand le Kems, le Kilo de merde ou la Famille en or ?

Les sommes jouées, astronomiques, circulent à une vitesse qui l’est tout autant, et personne ne semble pouvoir arrêter ce train de la ruine. Mais lorsqu’un troupeau de tous âges dilapide volontairement son argent dans un établissement peu connu pour sa philanthropie, que peut-on y redire ?

Grand amateur de jeux de cartes, je suis moi-même partagé à l’idée de tenter ma chance – à minimum 25$ la partie de Blackjack, on ne sait plus si on a affaire aux montagnes ou à la roulette russe -, lorsque la détresse d’une femme, la quarantaine passée, m’interpelle. Posant inlassablement ses jetons sur une table de jeu, espérant désespérément tirer le gros lot, son visage est tantôt inexpressif et hébété, tantôt rempli d’une profonde tristesse à laquelle se mêle une lassitude routinière. Tour après tour, son rêve vire au cauchemar pour finir en une cruelle désillusion. Consterné et anéanti par une scène tragique mais pourtant trop ordinaire dans ce lieu de perdition, je ne jouerai donc pas.
Une autre chose est sûre : nous sommes tombés bien bas.

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4 réponses à “Casino, l’endroit qui rend dingo

  1. Ben là Ste, tu t’attendais à quoi en allant au Casino. ;)

    On y était allé l’année dernière avec un ami à T. Vu que nous ne sommes pas de grands joueurs, on a un peu joué, gagné puis tout perdu! Ensuite, Tawei, notre pro du casino a donné des conseils à T. Et là, Bam, Tuan a gagné et avec l’argent devine ce qu’il a fait? Facile…

  2. C’est un lieu génial pour les études sociologiques ;)
    Ça devait être drôle de vous voir (surtout D. et T.) hyper concentrés ! Et au hasard, cette histoire, ça a fini dans l’estomac ?

  3. Excellent ton article, comme toujours !! :)
    Et je m’imagine bien mettre en jeu des sommes astronomiques pour jouer au Kems !! :) :)

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