Guadeloupe, le vent en poupe – Grande Terre

Après l’activité volcanique et la nature verdoyante de Basse-Terre, en route vers le passé – amérindien puis africain – et les plages de Grande-Terre ! Au musée Edgar Clerc, on suit notamment les traces des Huécoïdes, des Saladoïdes (dont les Arawaks sont proches), et des Kalinagos donc. Des vestiges de pétroglyphes, d’adorno et de « zemi » (trois pointes) témoignent ainsi d’un riche passé culturel comme artisanal. Le jardin amérindien aux plantes médicinales, véritable havre de paix nourricier, invite quant à lui à une forme de méditation.

petroglyphe

Un agoulou, délicieux panini antillais, quelques acras, du boudin, nous voilà prêts pour Pointe-à-Pitre et son Mémorial ACTe. Outre Jean le Portugais, compagnon de voyage de Colomb et premier Noir à fouler le sol des Antilles, on découvre l’existence de Jean Garrido, conquistador noir… Suite à la grande épidémie de variole frappant les Antilles en 1518 et décimant les ¾ des populations amérindiennes, les grandes puissances coloniales de l’époque qu’étaient le Portugal, l’Angleterre, la France et l’Espagne (ainsi que les Pays-Bas) cherchaient une autre main-d’œuvre. La traite négrière transatlantique pouvait commencer, concentrant sur un siècle (1740-1850) 90% des 12,5 millions d’esclaves africains, soit 1/5e de la population française… Après l’abolition définitive en 1848 et la Grande Guerre, même les Etats-Unis viendront réclamer leur part du gâteau.

« Le fouet est une partie intégrante du régime colonial, le fouet en est l’agent principal ; le fouet en est l’âme ; le fouet est la cloche des habitations, il annonce le moment du réveil, celui de la retraite ; il marque l’heure de la tâche ; le fouet encore marque l’heure du repos ; et c’est au son du fouet qui punit les coupables, qu’on rassemble soir et matin le peuple d’une habitation pour la prière ; le jour de la mort est le seul où le nègre goûte l’oubli de la vie sans le réveil du fouet » – Victor Schœlcher

« Notre jeunesse n’était pas banale… Elle était marquée par la lancinante question, qui suis-je ? – Aimé Césaire

Et les femmes de lettres antillaises dans tout ça ? Après avoir découvert Maryse Condé en lecture, la soirée projection du MACTe sur la vie des Schwartz-Bart en présence de Simone nous rappelle le courage que leur époque demandait. Leur histoire singulière, limite « interdite », est un des nombreux témoignages que rien n’est écrit à l’avance, que chaque être est en droit de construire son propre récit. L’héritage de son œuvre littéraire, ses fils Jacques et Bernard sauront certainement, nous confiera Simone, s’en emparer et le poursuivre avec leur sensibilité personnelle.

Après cette inspirante rencontre, un peu de légèreté ? Dehors, un défilé de grands-mères en costumes traditionnels nous attend, et ça se finit forcément en danse. A quelques rues de là se trouve le centre ancien et le quartier Vatable, laissé à l’abandon par la ville mais revitalisé par ses habitant.e.s et des associations ! Le projet « PLI BEL LARI » œuvre ainsi dans la valorisation de leur patrimoine par la réhabilitation de façades, la présence de street art, d’un jardin partagé et d’ateliers artistiques, le tout en favorisant cohésion sociale, transmission intergénérationnelle et amélioration de l’image du quartier comme du cadre de vie.

Près du Gosier, la plage de Petit Havre, qui n’est pas de paix au vu du bain de foule, est l’occasion de se faire dégommer par la houle. Comme le voyage en bateau pour l’île de Marie-Galante, particulièrement éprouvant. Terre, terre ! Un bon bol d’air et on rejoint son écomusée situé sur l’habitation Murat, ancienne et importante exploitation sucrière esclavagiste. Puis la Maison de l’indigo, où Anne et son (bio)dynamisme montrent qu’un autre monde (en couleurs végétales) est possible.

Passant par Kreol West Indies, galerie d’art-boutique d’artisanat majoritairement local, on atteint la Pointe des Châteaux, troublant mais agréable rappel à la Bretagne, tandis que la plage Anse à la Gourde se révèle être un précieux site archéologique précolombien.

Aux saveurs d’antan, notre colombo a pour accompagnement le bavard Richard, 87 ans, marin pêcheur et ancien militaire qui tient à nous montrer quelques photos d’antan. Le calme, on le trouvera au cimetière damé de noir et blanc de Morne-à-l’eau, avant de découvrir l’atelier galerie de Joël Nankin. Du moins son entrée, l’artiste étant absent (pas faute d’avoir spammé sa messagerie vocale), on repartira donc broucouille. La Maison de la mangrove Taonaba est l’occasion d’en savoir plus sur cet écosystème particulier avant de plonger les pieds dans celle située le long de la plage de Babin, où un homme prend un bain de boue, enduisant tout son corps de vase grisâtre pour ses supposées vertus thérapeutiques. En posture de yoga, sous une pluie abondante, « boue man » est impressionnant de sérénité. On le quitte alors pour rejoindre les plages de cartes postales de Sainte-Anne…

Et c’est déjà l’heure de rentrer. Une demi-heure après le décollage, un souci avec le train d’atterrissage nous contraint à faire demi-tour, non sans larguer une quantité de kérosène pour alléger l’avion… Pas de panique, nous dit-on, la compagnie Corsair s’organise pour les hébergements à l’hôtel. Sauf qu’on est 500 à poireauter dans un aéroport vide, qu’il est 23h et qu’on est en saison haute. La plupart des voyageurs auront la chance de dormir dans des hôtels 3-4 étoiles ou dans leurs familles, pas nous. C’est seulement vers 3h du matin qu’on nous dressera des brancards lits de camp dans le hangar semi-ouvert des agences de location, sachant qu’on nous lèvera vers 7h pour aller prendre un petit déjeuner dans un hôtel, et qu’on nous donnera plus d’informations sur un possible vol de retour. Chouette… Après une journée d’attente interminable (en squattant la plage privée et les transats de l’Hôtel Fleur d’Epée, un minimum), retour à l’aéroport pour apercevoir une monstrueuse file. Devant l’absence d’informations, c’est tout le Pôle Caraïbes qui crie son mécontentement. Car surprise, pour qu’on puisse enfin embarquer, les passagers prévus sur le vol de ce soir partiront en fait demain ! Messieurs dames, un conseil, trouvez-vous vite un hôtel.

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